Nigeria : au moins 40 chrétiens tués dans une nouvelle attaque

Nigeria au moins 40 chrétiens tués dans une nouvelle attaque

Au moins 40 personnes, principalement issues de communautés chrétiennes, ont été tuées mercredi 3 avril dans l’État du Plateau, au centre du Nigeria. Plusieurs villages ont été attaqués par des hommes armés, dans une région déjà marquée par de nombreuses violences intercommunautaires.

"Nous avons enterré hier plus de 30 personnes", a déclaré Farmasum Fuddang, un responsable du gouvernement local, précisant que 48 corps avaient été retrouvés après les attaques. La Croix-Rouge évoque un bilan "dépassant les 40 morts", en majorité des femmes et des enfants.

Parmi les villages ciblés figure Manguna, où les habitants décrivent une nuit d’horreur. "Moi et mes frères, nous nous sommes cachés dans un petit bâtiment derrière notre maison. Après leur départ, nous avons découvert quatre morts", témoigne Maren Jusha, un survivant.

Les violences, attribuées par les autorités locales à des éleveurs peuls armés, ont une dimension religieuse marquée : les assaillants seraient issus de la communauté musulmane peule, tandis que les villages attaqués étaient majoritairement chrétiens. "Il s’agit d’un nettoyage ethnique et religieux", affirme Farmasum Fuddang.

Mais selon des chercheurs, les moteurs du conflit dans l'Etat du Plateau sont plus complexes. Dans cette région centrale du Nigeria, les tensions semblent  aussi être alimentées par la compétition pour les terres, la croissance démographique, le changement climatique qui réduit les pâturages disponibles, et la faiblesse de l’État à faire respecter la loi.

L’association Gan Allah Fulani, représentant certains éleveurs, a par ailleurs condamné ces meurtres les qualifiant de "barbares", tout en affirmant que ce sont leurs membres qui "devraient se plaindre" d’un accaparement des terres par les agriculteurs.

Cette nouvelle attaque survient dans un climat de tension croissante. Le 27 mars dernier, onze chrétiens avaient déjà été tués dans le village de Ruwi, lors d’une veillée funèbre. Une femme enceinte, une fillette de dix ans et son père figuraient parmi les victimes. L’assaut avait duré près de 45 minutes, sans intervention des forces de sécurité pourtant à proximité.

Fin décembre 2023, plus de 200 personnes avaient été tuées dans des villages chrétiens du même État. Et en mai l'année dernière, une quarantaine d’habitants avaient également trouvé la mort à Wase.

Selon l’ONG Portes Ouvertes, le Nigeria reste le pays le plus dangereux au monde pour les chrétiens. En 2024, plus de 3 100 d’entre eux auraient déjà été tués pour leur foi. Si le gouvernement fédéral nie toute persécution religieuse et évoque des conflits liés à l’accès aux ressources, de nombreux responsables religieux dénoncent un abandon des populations chrétiennes.

"Nous vivons dans la peur. À tout moment, cela peut être notre tour", déclarait récemment l’évêque Wilfred Anagbe lors d’une audition au Congrès américain.

Camille Westphal Perrier (avec AFP)

Crédit image : Shutterstock / Tayvay / Jos, État du Plateau, Nigéria – 7 mars 2021 : Vue d'ensemble d'un marché local de producteurs et fermiers au Nigéria.

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