
Au Nigeria, une nouvelle attaque meurtrière a ciblé des chrétiens dans l’État de Plateau. Le 27 mars, onze personnes, dont une femme enceinte et une fillette de dix ans, ont été tuées dans le village agricole de Ruwi B2. Alors que les violences se multiplient, les habitants réclament des actes concrets de la part des autorités et une prise de conscience internationale.
Une attaque sanglante a endeuillé la communauté chrétienne de Ruwi B2, dans le comté de Bokkos, au centre du Nigeria, dans la nuit du 27 mars. Selon International Christian Concern (ICC), des militants peuls armés ont ouvert le feu sans avertissement lors d'une veillée funèbre, tuant onze personnes, dont une femme enceinte, son mari et une fillette de dix ans.
"Nous avons perdu 11 vies précieuses", a témoigné Tajot Stephen Alexander, habitant du village. L’attaque a duré près de 45 minutes. Malgré la présence de forces de sécurité à proximité, aucune intervention n’a empêché ce massacre. Amnesty International Nigeria a dénoncé l’inaction des autorités et appelé à la mise en place de véritables mesures de protection.
Le gouverneur de l'Etat de Plateau, Caleb Manasseh Mutfwang, a de son côté condamné cet acte "barbare" et promis de poursuivre les responsables, tout en soulignant l’urgence d’un renforcement des dispositifs de sécurité dans la région.
Selon l'ONG Portes Ouvertes, le Nigeria détient le triste record mondial du nombre de chrétiens tués pour leur foi. En 2024, plus de 3 100 chrétiens ont déjà été assassinés, et 2 000 enlevés. Dans les États du nord, régis par la charia, les chrétiens sont traités comme des citoyens de seconde zone. Les groupes jihadistes Boko Haram, ISWAP, et des milices peules mènent régulièrement des attaques ciblées contre les villages chrétiens.
Ce climat de violence pousse des responsables religieux nigérians et américains à demander la réinscription du Nigeria sur la liste des pays "particulièrement préoccupants" en matière de liberté religieuse, dont il a été retiré par l’administration Biden en 2021. Lors d’une récente audition au Congrès, l’évêque Wilfred Anagbe a affirmé que les chrétiens vivent dans la peur.
"Nous vivons dans la peur. À tout moment, cela peut être notre tour."
De son côté, le gouvernement nigérian nie toute persécution religieuse et évoque des conflits liés à l’accès aux terres. Pourtant, selon l’Observatoire de la liberté religieuse en Afrique, une milice peuls aurait tué plus de 55 000 personnes et enlevé 21 000 autres en quatre ans, principalement dans les zones chrétiennes du centre du pays.
Pour Mgr Oliver Dashe Doeme, évêque de Maiduguri, la situation est claire : "Le Nigeria est au bord de l’effondrement. Que le monde sache ce que nous vivons ici." Malgré cette situation préoccupante, il affirme ne pas perdre "l'espérance".
"Nous sommes un peuple de foi, et nous ne perdons pas l’espérance."
Camille Westphal Perrier