
La guerre de Sécession américaine a été bien plus qu’un simple conflit politique et militaire : elle a aussi été marquée par un profond nationalisme religieux. Aux États-Unis, justifier sa position politique par la foi chrétienne, n’est donc pas une nouveauté. Le président Abraham Lincoln n’y a pas fait exception comme le montre un récent ouvrage de l’historien Richard Carwardine.
La guerre de Sécession (1861-1865) fut un tournant majeur pour l’Amérique, mais aussi pour son rapport à la religion. À cette époque, la foi chrétienne servait de boussole morale pour de nombreux Américains, et notamment les dirigeants. Tant dans le Nord abolitionniste que dans le Sud esclavagiste, les croyances religieuses étaient mobilisées pour justifier les choix politiques et militaires.
Abraham Lincoln lui-même, bien que souvent perçu comme un homme politique pragmatique, estimait que la guerre était une épreuve divine. Il voyait la nation américaine comme un peuple élu devant se purifier du péché de l’esclavage, comme le montre l’historien Richard Carwardine dans son nouveau livre (Righteous Strife: How Warring Religious Nationalists Forged Lincoln's Union, l'ouvrage n'a pas été traduit en français mais si c'était le cas cela donnerait Un Conflit juste: Comment les nationalistes religieux en guerre ont forgé l'Union de Lincoln NDLR), recensé par Christianity Today.
Les différentes Églises ont joué un rôle essentiel en galvanisant l’opinion publique, perpétuant l’idée d’une mission sacrée du pays, par exemple en opposant le pays sur la question de l’esclavage. Ainsi, dans le Nord, les sermons des pasteurs présentaient la lutte contre l’esclavage comme un combat moral voulu par Dieu, tandis que dans le Sud, on invoquait les Écritures pour légitimer l’ordre social existant. Cette instrumentalisation de la foi pour justifier des choix politiques n’a pas disparu avec la fin du conflit, bien au contraire.
Aujourd’hui encore, la religion reste un facteur puissant dans la politique américaine, la dernière élection présidentielle ne saurait démentir cette constatation. Qu’il s’agisse des débats sur l’avortement, l’immigration ou les droits civiques, on retrouve cette même utilisation de la foi pour légitimer des positions parfois opposées.
Il est intéressant de constater que la foi peut légitimer deux positions différentes, comme le montre l’historien Richard Carwardine, et que la religion peut avoir une place pour unir, ou au contraire pour opposer un peuple ou une nation.
L’exemple de la guerre de Sécession a prouvé que la religion pouvait être un moteur de justice, mais aussi une manière de justifier les inégalités. Selon Carwardine, il est nécessaire de recentrer le concept de nationalisme religieux dans l'histoire américaine, en affirmant que la foi n'était pas simplement une toile de fond culturelle, mais une force décisive dans la formation de l'allégeance politique, de l'identité nationale et de l'évolution du leadership de Lincoln.
Germain Gratien